La temporada de José TOMAS est exemplaire. Par le talent et le courage du torero d’abord mais aussi parce qu’avec moins de vingt corridas, chacune de ses apparitions constitue un véritable événement, y compris au-delà du cercle habituel de l’aficion. Chacun veut y être et, probablement, pour une frange de ce public, pour pouvoir dire : « J’y étais ! »
Il s’agit d’un changement de taille par rapport aux années précédentes où les organisateurs devaient déployer des trésors d’imagination pour créer des « événements » voire pour tenter de nous le faire croire. Qui pense (qui peut le penser encore ?) que PONCE, le JULI , RINCON, CASTELLA ou d’autres vont donner le meilleur d’eux-mêmes à Tafalla, San Sebastian de Los Reyes, Arles ou Mont-de-Marsan (rajoutez les villes que vous voudrez…) comme ils le feront à Madrid, Séville, Barcelone ou Bilbao. Personne bien sûr et c’est en ce sens que le grand cirque taurin apparaît bien fatigué. En multipliant des corridas-alimentaires, avec des toros bien sous tous rapports (bonitos dit-on gentiment) pour des figuras venues pour « cobrar » et expédier les affaires courantes entre les grands rendez-vous, on a créé une tauromachie à deux vitesses dont la seule constante demeure le coût prohibitif des places.
Chacun sait ou devine, que les plateaux montés par les organisateurs présentent des coûts de revient très variables. Pourtant, au guichet cette disparité s’efface et le racket des abonnements aidant, le prix des places s’uniformise, faisant payer à l’aficionado LOPEZ CHAVES au tarif du JULI et les SANCHEZ YBARGÜEN à celui des VICTORINO. Seul le marché noir reflète la vérité des prix. Je me prends à rêver de spectacles à des tarifs modulés en fonction de l’affiche. Que l’on réduise les prix en fonction des coûts réels, pour ne pas toréer devant des arènes vides, en permettant ainsi à de plus modestes de toréer davantage. On éviterait ainsi de subir des figuras saturées venues déshonorer leurs contrats. Le prestige de l’affiche y perdrait, peut-être pas l’intérêt du spectacle.
Quant à ces têtes d’affiches, toréer moins leur ferait, physiquement et psychiquement, le plus grand bien. Raréfier leurs prestations nous rendrait une véritable curiosité de les voir plus disposées à triompher qu’à« fonctionner » dans leur confort actuel. Mais cette révolution passerait aussi par une diminution drastique du nombre de spectacles.
Et à la seule évocation de cette dernière hypothèse, je mesure l’utopie de mon propos…