Des éditos et des compte-rendus libres et indépendants sur les spectacles taurins du sud-ouest.
J’apprécie beaucoup le site « C y R » et, dès sa découverte, je l’ai mis en lien à ce modeste blog. On y trouve des textes en général fort bien écrits, passionnés et souvent passionnants.
Le 11 avril, sous le titre : « Ce Moun tant déficitaire », on peut lire une sévère critique, émanant de l’Anda, à propos des déclarations de Jean Cazaux et Guillaume François concernant le caractère « non obligatoire » de la deuxième pique. Morceaux choisis de la diatribe : « Ce n’est pas une décision d’aficionado mais une illusion de principe autoritaire de gens qui s’arrangent avec leurs convictions parce que le politique se sert une fois de plus du tauromachique pour atteindre ses objectifs(…) L’histoire est pleine de petits décideurs généreux qui tapent dans un patrimoine culturel, émotionnel…affectif(…) C’est un vol qui n’existe pas hélas dans les codes de la république. Un toro qui ne peut supporter deux rencontres « délicates » est un invalide qui n’a rien à faire en piste. Un toro qui prend une grosse putada de puyazo en lieu et place de trois piques ou davantage, est un toro assassiné. »
Deux remarques qui s’appliquent parfaitement à l’aficion : d’abord, il n’est pas nécessaire d’être nombreux pour être divisés, ensuite la nuance n’est pas la qualité la plus partagée chez les aficionados.
Traitons donc du tercio de varas :
Le rêve : voir débouler tous les après-midi des chiqueros six toros à la bravoure indomptable, aux forces inaltérables. Les voir mis en suerte sans un capotazo de trop, à la distance idoine, les admirer s’élançant comme une balle vers le picador, être piqués au bon endroit, brièvement, par un cavalier respectueux des règles de son art. Constater avec satisfaction le travail de la cuadrilla qui détourne, puis replace l’animal avec sobriété et rigueur. S’enthousiasmer de voir l’opération se répéter deux, voire trois fois. Vivre l’émotion d’un batacazo illustrant la rage et la puissance du toro.
La réalité : assister à des tercios de piques subis comme un mal nécessaire par le torero, comme un révélateur de manque de race et de faiblesse insigne du toro, comme un pensum désolant pour le public. Enrager devant la maladresse ou la rouerie de la corporation des picadors. Soupirer par ce qui n’est fréquemment qu’un simulacre de châtiment à peine supporté par un infirme flageolant qui s’affale en quittant le cheval. Bouillir de colère devant un acharnement prémédité pour réduire un adversaire par trop virulent.
Heureusement, entre doux rêve et triste réalité, il arrive aux aficionados de vivre des spectacles où la bravoure, alliée à la force, autorise des tiers mettant en valeur cavaliers, chevaux et taureaux. Où l’on se dresse pour applaudir à tout rompre des picadors valeureux et saluer l’expression de la bravoure. Dans une saison, suivant le nombre et le choix des spectacles, ces bonheurs peuvent survenir, si l’on est un peu chanceux, cinq à six fois. Très peu, mais mémorable.
Dans l’immense majorité des cas, il faut, hélas composer avec les qualités du bétail, avec la compétence et la bonne volonté des acteurs. Très regrettable mais que l’on m’explique comment faire autrement. Comment obliger les cuadrillas à changer leurs mauvaises manies. L’expérience de la Madeleine 2007 est éloquent. Il était décidé de piquer deux fois. Que vit-on dans la plupart des cas ? Une pique correspondant à ce qui était la ration habituelle, suivie d’une rencontre le plus souvent symbolique. Au final, desservi de plus par une bravoure en général limitée, ce tiers ne gagna rien à cette décision de principe.
Nous serons tous d’accord, et moi le premier à le déplorer. Mais qu’y faire, et c’est à mon avis, la meilleure attitude, sinon s’abstenir d’assister à ces corridas là plutôt que de vouloir y imposer des règles aussi jusqu’au-boutistes qu’inadaptées. Dans leur grande majorité, les toros actuels sont très justes en forces ; dans leur grande majorité, les piqueros et les cuadrillas sont soit malhabiles, soit corrompus par de mauvaises habitudes. Il conviendrait de chercher les moyens d’y remédier plutôt que de s’arc-bouter sur des principes irréalistes.
« L’ignorant affirme, le savant doute, le sage réfléchit » proclamait Aristote. Efforçons-nous, tous autant que nous sommes, avec modestie et pragmatisme, de réfléchir sur la recherche de solutions plutôt que de se draper dans une vertu aussi indignée qu’inefficace.