Des éditos et des compte-rendus libres et indépendants sur les spectacles taurins du sud-ouest.
Je suis resté perplexe en lisant le compte-rendu d’un aficionado chroniqueur. Il s’agit de la relation, par ailleurs bien faite, d’une corrida triomphale, de Parladé, lidiée à Gijon par le Juli et Perera.
Le chroniqueur évoque le combat du troisième toro déplorant que le Président de la corrida lui ait refusé la vuelta (fortement réclamée par le public) alors que sa charge inlassable avait permis une faena très prolifique au Juli (deux oreilles et pétition de queue). Or, il précise que ce toro n’avait pris « …qu’une mini et monopique… . »
Voilà une appréciation qui rejoint le penchant actuel du public. La noblesse, la répétition de la charge jusqu’au bout de faenas allongées à l’excès, voire interminables, voilà ce qui semble être le critère essentiel pour juger de la qualité d’un toro (on retrouve d’ailleurs ce trait dans l’incongruité des vueltas posthumes accordées aux erales non piqués… ).
Bien souvent, le public réclame la vuelta pour des toros parce qu’il a mal jugé ou oublié le comportement du toro au premier tiers. Mais ce n’est pas le cas de la corrida précitée, le chroniqueur indiquant lui-même que l’animal n’a subi qu’une seule pique, fort légère.
Ce manque d’exigence pourrait devenir très pernicieux. En ne retenant que les qualités du toro pour la faena, on occulte deux des trois tiers. Comment peut-on récompenser un animal n’ayant pas pu démontrer sa bravoure du fait de son manque de forces ? Le tercio des banderilles, où le comportement du toro peut être si variable, doit-il lui aussi être à présent considéré comme négligeable ?
Si l’on doit désormais accorder une vuelta à un animal ayant brillé par une noblesse remarquable face à la muleta, devra-t-on en octroyer deux, voire trois à celui qui se sera montré admirable face au cheval et aux banderilleros ? Ou doit-on s’attendre à des indultos systématiques pour ces brillants et complets combats.
Sous peine de verser bientôt dans la parodie et la confusion, un peu plus de réflexion sur l’inflation de récompenses (la remarque vaut aussi pour celles attribuées aux toreros) ne serait pas superflu.