Des éditos et des compte-rendus libres et indépendants sur les spectacles taurins du sud-ouest.
Chacun se souvient de la nouvelle d'Andersen : un roi se promène dans le plus simple appareil et les courtisans feignent de ne pas s'en apercevoir. Jusqu'au moment où un enfant voyant la scène , s'écrie : "Le roi est nu !"
La récente polémique au sujet d'Enrique Ponce m'a fait songer à cette parabole dénoncant la servilité et l'hypocrisie des idées convenues. Pour ceux qui aurait manqué l'épisode, un petit rappel. André Viard, dans un éditorial du site "Terres Taurines" avait critiqué le toreo de Ponce en expliquant, en substance, qu'il s'agissait d'une manière de toréer trés profilée, usant du pico et, ces procédés, qu'on loue chez ce maestro, sont vilipendés par les mêmes lorsqu' un torero anonyme y recourt.
Tout aficionado un peu averti et observateur ne saurait s'incrire en faux contre ces évidences, tout en reconnaissant (ce que faisait d'ailleurs l'auteur) que Ponce possède un art consommé et une technique inégalable pour tirer la quintessence du bétail qui lui échoit, généralement faible il faut l'admettre.
Or, les réactions de certains critiques ou chroniqueurs allèrent de l'indigné jusqu'au scandalisé, avec des écrits fort désagréables pour celui qui avait osé attaquer le mythe, dire en quelque sorte que le roi était nu. Pourquoi tant d'acrimonie là où un débat pourrait s'instaurer ? A mon avis, parce que dans le monde des toros, on cultive trop souvent le "taurinement correct" et qu'il est trop inconfortable de remettre en question ses convictions, cela signifierait se remettre en question soi-même. Donc Ponce est un génie du toréo que l'on se doit d'admirer, il s'agit d'une vérité révélée et ceux qui auraient la scandaleuse impudence de le contester ne sont que des hérétiques. Fermez le ban.
Reste que la pertinence de la critique se mesure aussi à la légitimité de celui qui l'exerce. Et dans ce cas, entre un matador de toros et un revistero, il demeurera toujours la distance entre les gradins et la piste...