Des éditos et des compte-rendus libres et indépendants sur les spectacles taurins du sud-ouest.
La question m'est revenue à l'esprit après la Feria de Rion-des-Landes où sont sortis deux ou trois novillos par l'age et le gabarit, l'un d'entre eux possèdant même un trapio de toro plus que de novillo.
On pourrait aussi rapporter la rumeur selon laquelle José Tomas s'entrainerait en privé en toréant et tuant des toros sans qu'ils soient piqués. D'autre part, chacun peut vérifier cette tendance dans de nombreux spectacles cette année où le tercio de piques fut réduit à presque rien. Pour schématiser, on pourrait classer les corridas, ou les novilladas en trois catégories.
La première serait le spectacle "light", dans lequel la pique ne constitue qu'un acte symbolique, consistant pour l'essentiel au contact de l'animal contre le cheval, assorti d'une poussée plus plus moins appuyée. Le picador, pour sa part, se contentant, sur les consignes préalables du torero ou du péon de brega, de maintenir la pique posée sur le toro.
La deuxième pourrait être qualifiée de "normale", avec une rencontre poussée, souvent trop longue, car se voulant unique, pour des raisons de facilité, pour la cuadrilla. D'où difficulté à juger réellement de la bravoure du toro.
La troisième, que nous nommerons "atypique" (sans jeu de mot) où le tercio de piques reprend tout son sens, sa vérité et sa beauté. Où l'on peut ressentir et vibrer en admirant le sauvage et superbe spectacle de l'animal rechargeant de loin le cheval, et apprécier l'art des véritables picadors qui ne sont plus alors "los malos de la pellicula". Ceux qui ont vu la vuelta triomphale du picador ayant piqué le sixième Marge de la novillada de Parentis comprendront.
Mais pour de rares moments de cette qualité, combien de soupirs désabusés devant des tercios le plus souvent dévalués. Combien de regards incompréhensifs devant des spectateurs applaudissant des picadors qui ne piquent pas ! Combien enfin et surtout de colères rentrées contre des piqueros maladroits ou malintentionnés.
Qui s'intéresse vraiment à ce tercio, hormis une très petite frange d'irréductibles ? Pas grand monde à vrai dire, l'essentiel du public considérant ce moment au mieux comme un mal nécessaire, au pire comme un pensum superflu. Et le plus grave, comme vu plus haut, c'est qu'il l'est parfois .
Comment le réhabiliter ? L'évolution, par l'allègement des protections, et la présence de chevaux mobiles, est très positive et représente un progrès énorme par rapport aux lourdes forteresses inexpugnables que nous avons connues. Pour autant, le seul qui peut redonner du lustre et de l'intérêt à ce moment, c'est le toro lui même. Il est attristant de voir des toros de plus en plus lourds s'écraser mollement contre des chevaux de plus en plus léger. Mais existe-t-il une véritable volonté du mundillo en général et des ganaderos en particulier de revaloriser le tercio des piques, pour satisfaire une petite partie de la "cible", selon l'horrible terme du marketing. Le faible nombre et le peu de succès des corridas-concours ne rassurent en rien sur ce sujet .
Et si la future "corrida-moderne" n'était pas le mélange confus et peu convainquant vu recemment à Bayonne mais plutôt ces spectacles quasi-émasculés de l'épreuve servant à éprouver la bravoure du toro. Ne faut-il pas plutôt craindre le choix de la déviation pernicieuse du goût du public pour l'esthétisme seul au détriment de la vérité du combat ..?
N.B: "malos de la pellicula" = les méchants dans le film