Des éditos et des compte-rendus libres et indépendants sur les spectacles taurins du sud-ouest.
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Certes l’on baigne un peu partout dans l’euphorie des triomphes (au fait, a-t-on pensé à une cellule psychologique pour Pierre Martin ?), ce qui fait un peu oublier que des pans entiers de la corrida sont négligés, maltraités et près de passer en pertes et profits au niveau de la faena de muleta qui conditionne, à elle seule le succès ou l’échec du torero.
Prenons pour exemple la corrida de samedi à Dax. Le tercio de piques fut, pour la plupart du lot de toros de BAÑUELOS, quasiment réduit à un simulacre. Qui s’en est vraiment inquiété? Personne dans le gentil public dacquois, ce qui ne surprend guère mais il est étonnant de voir qu’on ne s’en émeut guère dans tous les médias confondus. Il suffit de considérer la part accordé à ce tiers dans les reseñas ou de se souvenir de la récente levée de boucliers contre la décision montoise d’imposer deux rencontres au cheval. Et les plus fréquentes des ovations des picadors surviennent lorsqu’ils n’ont pas piqué.
Le goût pour ce tiers semble donc réservé à une secte d’irréductibles assez décalé par rapport aux nouveaux goûts du public et même d’une grande partie de l’aficion.
Il me paraît dangereux de laisser aller ainsi les choses sans réagir. On a déjà allégé les protections, rendu les chevaux maniables. Il resterait à la profession de picador d’élever sérieusement son niveau général et une volonté générale de réhabiliter ce tiers. Beaucoup de travail donc…
Parlons de la cape. Les bénéfices d’un grand art dans ce secteur ne résistent pas aux dix minutes de combat. Et là aussi, le jugement de la grande partie des tendidos n’est guère pertinent. Les capotazos électriques, la moindre larga afarolada de rodillas(quand on voit un farol, on se frotte les yeux pour y croire !), suscitent l’enthousiasme et les pasitos atras ne sont guère remarqués. La différence de surface de capote, le temple, le mando, tout cela n’est guère discuté pendant ou après la tarde.
Les banderilles. Dans ces corridas de figuras, on sent bien que ce tiers n’a pour but que de permettre au matador de prendre tranquillement une ou deux gorgées d’eau dans le gobelet d’argent et que la majorité du public ne demande qu’une chose, qu’on en finisse vite pour arriver à la faena.
Quand, c’est le matador qui les plante, là, pourvu que les banderilles se trouvent sur le toro, le succès et le salut sont assurés. Il me semble que c’est dans ce secteur où la masse du public reste la moins avertie et la plus facile à berner par des effets spectaculaires.
Parlons enfin de l’estocade. Les réactions sont variables suivant les publics. On sait que le succès se mesure à l’aune de la rapidité de l’effet et bien sûr au nombre d’entrées à matar. Il est vrai que même à Las Ventas, on peut désormais couper des oreilles si l’épée n’est pas dans la croix. De là à pouvoir, comme à Dax samedi dernier, obtenir un trophée après un bajonazo de gala, il y a un pas qu’on ne pensait pas voir franchir dans des arènes dites sérieuses. Le lendemain, si l’on en croit les compte-rendus, ce fut aussi flagrant à Béziers.
Cette situation est préoccupante car les taurins savent s’adapter aux modes, surtout si elles les arrangent. Si l’aficion s’illusionne, si elle ne se mobilise pas pour redonner leurs valeurs à tous les moments de la corrida, nous irons vers un ersatz, un spectacle anémié qui donnera du grain à moudre pour les adversaires de la Fiesta Brava.