Dans le droit fil du débat, je vous livre ma traduction d’un libre propos de Luis Alonso Hernandez, vétérinaire et écrivain taurin. J’ai trouvé ce texte, publié le 25 juillet 2007 sur le site : « La Cabaña Brava » A vrai dire, il se passe de commentaires, tellement il résume clairement l’état actuel de déliquescence de la planète des toros. Pour autant, je doute que dimanche soir, au sortir de la plaza dacquoise (encore une fois, je ne m’acharne pas contre eux, mais leur politique taurine est emblématique de cette évolution !), on ait trouvé beaucoup de spectateurs approuvant ces lignes…
« Le protagoniste principal de la Fiesta : le toro. »
« Après avoir lu le MANIFESTE DES AFICIONADOS POUR UNE FIESTA JUSTE ET INTEGRE, j’ai été frappé par le paragraphe 2 qui indique : « nous insistons sur la nécessité de déterminer la place du toro » et je me suis mis à écrire cet article dans lequel je voudrais arriver, de manière chronologique, à exposer l’état actuel de notre Fiesta.
Le voici :
Il y a bien longtemps, le toro avait un rôle essentiel. Tout simplement parce que, dans l’arène, il faisait la démonstration de sa puissance de destruction en tuant nombre de chevaux au cours du tiers des piques.
Les spectateurs, en voyant ce massacre des chevaux, restaient fascinés parce que le toro faisaient de ces haridelles. Il pouvait en faire de même avec les toreros pour peu que ceux-ci n’y prennent garde, car on avait l’impression que les toros, en blessant et conservant la chaleur du sang sur la partie sensible de leur cornes, pouvait à nouveau blesser.
Mais arrive 1929 et Primo de Rivera impose le caparaçon pour défendre cet animal si noble qu’est le cheval pour qu’il cesse de laisser ses intestins sur le sable des ruedos et pour éviter que ce spectacle macabre nous discrédite lors de l’Exposition de Paris.
Il était impératif d’en finir avec les souffrances des chevaux ! Mais à partir de cet instant, le toro a perdu sa prééminence en étant massacré lors de la suerte des piques par un picador assis en sécurité, sur un blindé, qui n’a besoin que de se tenir debout pour pouvoir agir. A présent, depuis cette tour, il voit les toros en toute tranquillité, et peut les piquer à volonté, parce que s’il n’y parvient pas au premier essai, il n’y a aucun problème pour que, pendant que le toro pousse, il rectifie la position pour piquer à l’endroit où il peut causer le plus de dégâts.
Et il en découle un inconvénient du fait de l’étonnante capacité de mémoire du toro. Si, lors de la première rencontre, le toro a pris conscience de son infériorité, le plus probable est qu’il évite d’y revenir. D’où la perte d’importance du toro, le spectateur se disant qu’il s’agit d’un toro sans bravoure ni puissance.
Le toro, matière première de la Fiesta est l’acteur de la corrida le plus mal traité, en dépit du fait qu’il soit un être noble. Et il est noble par excellence ! Lui ne mesure pas son adversaire à partir du moment où il le considère comme tel, sans réfléchir aux conséquences car cela ne correspond pas à sa pensée. Car il n’a d’autre façon, pour se réaliser, que de charger contre tout ce qui s’interpose sur son territoire. Il y va frontalement face à face, en toute loyauté.
Et comment se comportent avec le toro, ce noble animal, tous ceux qui sont impliqués dans la Fiesta Brava ? En le trompant ! En se ménageant des conditions avantageuses de toutes sortes, y compris inscrites dans la loi. Il est évident qu’il convient de prendre en compte ce qui relève précisément de cette inégale confrontation. Un homme face à une bête d’une demi-tonne, toute en force et en agressivité, est obligé d’utiliser la ruse pour la tromper afin de sortir victorieux de cette lutte à mort que représente la corrida de toros .
Mais le premier qui l’abuse, c’est l’éleveur qui ne se préoccupe pas vraiment de lui. Il ne s’efforce pas de le sélectionner dans le but d’obtenir un animal beau, fort, avec des qualités lui permettant de s’affronter d’égal à égal avec son ennemi le torero. Il le sélectionne plutôt selon les exigences des vedettes du toreo, afin de pouvoir le vendre et il ne s’agit plus de sélection mais de dégénérescence.
Le picador le trompe, lui qui se met à l’abri sur un percheron protégé pour le massacrer lors de la suerte de piques.
Le matador le trompe, au moyen de cape et de muleta, pour l’affaiblir progressivement afin de pouvoir le tuer avec des garanties de sécurité. Et il trompe aussi l’assistance en truquant la confrontation avec un toro petit, peu armé, et manquant parfois de force et de puissance. Quoique ces deux caractéristiques ne gênent guère les « figura », leur cuadrilla se chargeant de leur enlever progressivement, au fil des tiers, ces qualités pour qu’ils n’en puissent plus en arrivant à la muleta puisqu’il est désormais établi que c’est ce moment qui décide des trophées, depuis que l’on a discrédité l’estocade.
Et les spectateurs non plus n’aident pas le toro, en se rangeant du coté des vedettes, en se retrouvant dans le raisonnement suivant : « Entre une corrida avec des toros grands, très armés qui font que les toreros ne s’en approchent pas et une corrida petitement présentée, qui correspond à leurs habitudes et leur permet de donner toutes sortes de passes de cape et de muleta, et même s’ils ne prennent pas le moindre risque, nous préférons la deuxième parce qu’on moins nous passons un bon moment à voir les toreros faire quelque chose. »
L’aficionado pour sa part se limite à n’assister qu’à des courses dans des villes taurines où l’on suppose que sortira le toro-toro, mais, dans la majorité des cas, il ressort déçu. Souvenons-nous de la dernière corrida torista de la San Fermin.
Je m’interroge donc : Ne vaudrait-il pas mieux que la Fiesta retrouve sa véritable identité en exigeant des toros avec un trapio et une bravoure pour affronter des toreros capables de lidier ce genre de bétail ?
Prenons soin du toro. Ce faisant, nous prenons soin de la Fiesta brava. et rejetons le mercantilisme.