Des éditos et des compte-rendus libres et indépendants sur les spectacles taurins du sud-ouest.
Novillada de Garlin 20 avril 2008
Ambiance tristounette au paseo mais il faut dire qu’avec 14°, on est moins enclin à l’exubérance. Place n° 55, « Ombre et soleil » est-il ironiquement mentionné, 30€ et par chance, pas de poteau dans l’axe de vision.
Premier MAYALDE, un castaño bien fait qui passe et repasse de manière anodine dans la cape. Une pique prise en se tenant parallèle collé au cheval puis le faisant tourner en donnant des coups de tête. A peine terminé son quite de chicuelinas, Ruben PINAR demande le changement. Tercio de banderilles désordonné où le novillo court sans se fixer. Brindis au public et en avant pour des statuaires, des séries à droite, à gauche, à nouveau à droite, puis à gauche. Je pense que PINAR aurait pu faire passer jusqu’à lundi matin ce carreton. La seule difficulté consistant à rappeler l’animal qui avait tendance à s’échapper en fin de série. Inutile de dire que cette charge d’une naïveté confondante ne saisissait pas le spectateur, enfin certains, aux tripes. Et la faena fit plus dans le quantitatif. Soyons objectifs : une série à gauche était centrée. On s’approchait de l’estocade quand on commença à entendre des manifestations demandant…l’indulto ! On peut être partagé entre le rire et la consternation devant ce genre de réaction : un novillo prend une seule pique, sans style, il répète certes ses charges inlassablement, mais avec une noblesse servile et il se trouve une frange de personnes pour réclamer la grâce de cette sœur de charité. Ruben PINAR eut l’intelligence de se profiler assez vite pour tuer, ce qui fit taire le délire. Après, ce fut moins brillant et beaucoup plus long…Une fois le ferraillage terminé, les excités reprennent de la voix pour réclamer une vuelta ! Le Président Biec semble d’abord décidé à ne pas écouter mais, comme s’il s’agissait d’une pétition d’oreille, la clameur augmentant, il l’accorde ! De la démagogie appliquée à la Fiesta Brava…
Le deuxième sort avec une toute autre vivacité. Comme presque toute l’après-midi, mise en suerte absente et le novillo se colle parallèle au cheval puis le contourne par l’avant. Il en sort sans être piqué. A la deuxième rencontre, il se maintient en position parallèle et fait tourner le cheval. Troisième rencontre paradoxalement bien meilleure avec une brève mais franche poussée avec les reins. Aux banderilles, première paire involontairement très risquée du péon pris par la vitesse du MAYALDE. Son compañero se montre circonspect et à la troisième, le banderillero pas remis du « susto » initial, jette les palos sur le novillo. La faena de J-C VENEGAS sera longue et inégale. Début par statuaires bien fait et mis en valeur par la charge encastée de l’animal qui lui crochète un peu plus tard le mollet droit sur un cite. Voltereta sans conséquence sauf de la méfiance pour le novillero qui restera en dessous d’un excellent novillo, le meilleur du lot, avec une charge noble et racée, humiliant lors des passes au point d’avoir le mufle contre le sable. Excellente corne gauche qui permettra le meilleur de la faena, à savoir quatre ou cinq séries de naturelles longues, templées et bien dessinées, ainsi qu’un enchaînement redondo inversé et long pecho. A droite, ce fut moins convaincant. Conclusion fort médiocre avec deux entières très en arrière, la seconde de plus, très basse.
Résumons-nous : trois entrées au cheval, la troisième vraiment bonne, agressif aux palos, noble et chargeant spontanément avec beaucoup de classe à gauche. Au vu de la réaction du public pour le premier, l’indulto était évident, au pire deux vueltas dans le délire populaire. Eh bien, non, rien de cela, on applaudit l’arrastre simplement. Et encore, je ne suis pas sûr qu’il s’agissait des mêmes !
Le troisième, toujours joli et de plus, ensellé, charge la cape en freinant, pas clairement à droite et avec des pattes peu solides. On le laisse bien entendu se précipiter à sa guise sur le piquero. Il pousse d’abord avec fixité sous le fer placé très en arrière puis distribue des coups de tête. Changement et trois paires de banderilles bien médiocres de NARANJO. Faena décousue, sans sitio ni autorité du novillero qui ne parviendra pas à maîtriser un novillo ne se fixant pas vraiment mais qui paraissait avoir un peu plus de possibilité que ce qu’en tira le colombien. Fin en rapport avec le reste : Cinq pinchazos et l’avis sonnant, il passe au descabello ! Trois tentatives avant que le MAYALDE se couche par désespoir devant tant de maladresse.
On comprend vite que PINAR a été très chanceux au sorteo. En effet, le colorado sorti en quatrième montre beaucoup d’allant et pas de défauts dès sa sortie. Je n’ai rien trouvé d’extraordinaire au toreo de cape.
Une pique aussi légère que mal donnée et que le novillo pousse avec une bravoure nerveuse. Quand il en sort, la blessure du fer est aussi importante que la pose d’une devise. (A ce propos, on remarquera qu’aucun novillo n’est sorti avec la devise, une entorse de plus au règlement…)
Et en avant pour une longue faena triomphale qui…ne me plut qu’à moitié. Je m’explique : Ruben PINAR possède une bonne technique, du recours, il sait toréer. Restent des attitudes « cassées » peu élégantes et une profondeur …que je ne perçois pas. Visiblement, beaucoup de spectateurs étaient moins réticents que moi. L’épée, fulminante mais très basse, n’empêche pas le Président de sortir deux mouchoirs tout de suite. Bon…
Le cinquième novillo est noir. On n’y était plus habitué. Berceau de cornes très larges mais trapio en retrait. Sortie vive et nerveuse. Il pousse fortement, avec les reins, au premier contact mais fléchit lors de la seconde rencontre où il n’est pas vraiment piqué. Comportement peu combatif aux banderilles. A la muleta il se montrera flou et court dans ses charges, avec une tête agitée, chargeant à mi-hauteur. Bref, pas grand-chose de bon. Toreo vertical et fastidieux de VENEGAS qui finit par agacer le public. Une entière passée et silence.
Le sixième est un superbe castaño clair qui ne s’intéresse guère à la cape de NARANJO. Trois rencontres au cheval mais sans réelle bravoure car il sort seul et rapidement du cheval. Nouveau tercio de palos approximatif du torero. Nouvelle faena de peu d’intérêt. Certes le novillo présente des défauts ; distraction, une certaine brusquerie, pas de répétition dans ses charges. Mais, comme au troisième, on vient à songer que NARANJO a plus tendance à mettre en exergue les défauts qu’à détenir les capacités à les réduire. Entière très basse, avis et trois descabellos. Pour ma part, j’ai été très déçu de la prestation de ce garçon dont j’attendais beaucoup plus.