Des éditos et des compte-rendus libres et indépendants sur les spectacles taurins du sud-ouest.
L’inorganisation locale s’est surpassée cette année. D’habitude, on prenait son mal en patience pour passer par les portes exigües afin d’accéder à sa place. Cette fois-ci, à un quart d’heure du paséo, la porte C était désespérément close. On nous apprit que la clé était égarée. D’où translation vers la porte voisine avec la queue qu’on imagine avant que la clé disparue ne soit enfin retrouvée. On attend avec impatience la fantaisie chalossaise de 2010…
Autre surprise mais dont il faut convenir qu’on l’a déjà expérimentée en d’autres lieux : aux guichets soleil, vers 16.30 H, on nous annonce qu’il ne reste plus que des barreras ou contre-barreras. Bon, allons-y pour des contras à 38 €. Or, curieusement, on peut penser qu’il y avait ce jour de nombreux aficionados distraits ou empêchés au vu des vides derrière nous…
Bien sûr, retard habituel au paseo. Très belle entrée d’un public bien disposé comme on le verra plus tard.
Mes inquiétudes sur le comportement des novillos CATALAN étaient infondées. Ils se montrèrent assez solides sur pattes, mobiles, certains plutôt braves (mais pour la plupart dans une seule vraie rencontre au cheval ) et montrèrent des comportements mobiles et collaborateurs mais en général sans fadeur. Du jandilla de bon aloi en somme.La présentation eut été satisfaisante si l’on n’avait pas vu de nombreuses extrémités de cornes en plumeau. Le second était scandaleux sur ce point mais comme semble-t-il le public s’en contrefiche (pas une protestation sur les tendidos !), tout va pour le mieux dans le meilleur des mundillos.
Que dire sur J-C CABELLO ? Simplement qu’il représente le prototype de ces novilleros qui possèdent une technique suffisante pour se sortir de la plupart des problèmes de ces novilladas « civilisées » mais qui seraient capables d’endormir le plus insomniaque des spectateurs. Deux faenas qui me parurent interminables de superficialité et d’ennui. Pour être objectif, reconnaissons-lui le mérite d’avoir tué vite et bien ses deux adversaires. On lui doit aussi un gag. A l’issue de sa première prestation, il était rentré sous un silence fatigué. Thomas DUFAU attendait derrière le burladero la sortie du deuxième novillo. Ses supporters, bientôt rejoints par une bonne partie du public, lancèrent des applaudissements d’encouragement pour le landais. Et là, CABELLO, un peu surpris, sort du callejon pour répondre à ce qu’il croyait être une invitation et salue au tiers. Savoureux quiproquo.
Et voici donc les débuts de Thomas DUFAU en piquée. Il parvient à prendre la bonne mesure à la cape. « C’est bon Dédé ! » annonce Max à Fritero que l’on pensait rangé des chevaux ! Ce sera donc avec une pique assez légère que l’on passera à un tiers de banderilles correct mais fort long en terme de placement. Après un affectueux brindis à Richard MILIAN, la faena commence. Pas très bien, la muleta incertaine provoquant une charge courte et des coups de tête du novillo. Quelques corrections permettront une bonne série à droite, avec ce toreo de ceinture élégant qu’on lui connait. Ce sera le meilleur moment, la faena baissant de ton ensuite avec des séries à gauches courtes et brouillonnes. Des pechos inversés pas vraiment maîtrisés et une impression générale de timidité là où on eut attendu, espéré, plus de détermination. Un mete y saca très bas, involontaire, précède une bonne entière d’effet rapide. La pétition est visiblement minoritaire mais suffisamment bruyante pour faire tomber l’oreille. Vuelta que Thomas exécute avec une tête de retour de week-end…
On aurait pu s’attendre à ce qu’il sorte décidé pour couper une autre oreille, histoire de fêter dignement ses débuts à cet échelon. Rien de tel. On le sentit même peu confiant face à un novillo qui n’avait rien d’inquiétant et se montrait même collaborateur pour peu qu’on se confia un peu. Thomas torea très et trop prudemment, beaucoup trop approximativement. Faena décousue, baladée et sans réelle volonté. L’estocade, assez verticale, d’effet rapide, ne parvint pas à réchauffer l’ambiance, même de son fan-club. Préoccupante prestation. Espérons que Thomas prenne conscience qu’être torero, c’est vouloir triompher à chaque sortie et qu’on lui pardonnera des lacunes techniques si on sent derrière une véritable envie, ce qui n’a pas transparu en cette soirée.
Cette « grinta », Juan Del ALAMO en fit une éclatante démonstration, lui. Et comme de plus, il sait toréer, le contraste était cruel. Aller se planter pour une « porta gayola » pour son premier novillo, c’est afficher la couleur. Face à un premier novillo excellent dont le mufle caressait le sable dans ses charges mais qui possédait des capacités de transmission, ce fut un régal de rythme et de maîtrise. J’ai beau chercher, je ne me souviens pas d’un gamin aussi brillant pour sa première « piquée ». L’estocade s’avéra un quasi-golletazo mais on peut la mettre, au vu du comportement du garçon, au compte de la maladresse. Deux oreilles fêtées.
Le dernier novillo, le plus gaillard, se montra assez compliqué et finit défensif. Del ALAMO s’accrocha comme un « maletilla » et bouscula son adversaire qui lui rendit la pareille. Conclusion par trois pinchazos et une entière contre les planches, le novillo finissant querencioso. Applaudissements des aficionados et des autres, car tous comprirent qu’il y avait en piste un vrai torero. Et qui, de plus, sait toréer, à la cape, rareté de nos jours.