Des éditos et des compte-rendus libres et indépendants sur les spectacles taurins du sud-ouest.
Temps menaçant puis plus agréable. Vent frais permanent. Arènes remplies au 9/10ème. Public à l’image de l’organisation, c'est-à-dire convivial dans ce coin des Pyrénées-atlantiques à l’aficion méritante. Vu du rang six des tendidos sol : 26 €.
Après avoir lu la saison dernière les échos de la prestation remarquée de leurs ainés à Lachepaillet, j’étais impatient de découvrir les novillos « LA REINA-EL TAJO » que le ganadero José Miguel Arroyo avait accompagné.
Et je n’ai pas été déçu. Exceptés le premier, véritable « sœur de charité » et le quatrième à peine un peu moins naïf, les autres se montrèrent aussi très mobiles, avec du piment plus ou moins piquant, une bravoure allant du médiocre au roublard ou violent face aux chevaux. Pour les hommes, hormis le lot de Tendero, ils se montrèrent parfois exigeants mais en récompensant les efforts consentis, en les valorisant par une charge encastée. Bref, un bétail qui maintient l’intérêt en piste. Si la vuelta posthume accordée au premier (un grand naïf qui ne prit qu’une légère pique sans aucun style) était usurpée, la sortie en triomphe du mayoral n’avait en revanche rien d’anormal.
Miguel TENDERO repart avec un triomphe (3 oreilles) assez trompeur qui ne préjuge pas de son avenir en tant que futur matador. Deux faenas interminables et, sauf de rares moments, superficielles. Une épée habile au premier, basse et biaisée au quatrième, on était en droit d’espérer plus d’un novillero « puntero » qui se promena en faisant des passes les mains en haut du guidon. Une faena longue et techniquement bien réalisée, c’est sûr. Sans profondeur et très oubliable aussi. Reconnaissons-lui cependant des qualités de chef de lidia attentif.
Pour Juan DEL ALAMO, les jours se suivent et se ressemblent : trois novilladas et trois triomphes. Pour les deux auxquels j’ai eu la chance d’assister, il n’y a rien à redire. Ce garçon (croisons les doigts pour le futur !) tranche avec la conformité des novilleros que l’on peut voir. Où se situe la différence ? Par sa capacité à dévier la charge par un poignet magique, par une « aguante », c'est-à-dire cette attitude impavide face à la charge, y compris les « extraños », par la soumission imposée coûte que coûte à son adversaire, par cet engagement total jusqu’à l’estocade, il n’y a pas loin à chercher pour savoir à qui fait songer la toreria de DEL ALAMO.
Il va se planter pour une « porta gayola » à son premier novillo qui sort au pas et se désintéresse totalement du torero. Celui-ci ne se démontera pas et ira chercher cette passe à genoux près des barrières. Elégant et engagé à la cape avec un notamment un quite superbe, il réalise ensuite une faena qui n’est pas, comme on le subit presque toujours, une succession formatée de séries à droite et à gauche auxquelles on ajoute deux ou trois redondos inversés pour finir par quatre manoletinas. Chez DEL ALAMO, une faena est une histoire qui se construit et que l’on suit sans se lasser. Car la vérité du toreo est toujours présente, l’authenticité du combat permanente. L’éternelle et essentielle différence entre toréer et donner des passes. A ce niveau, sauf quelques rares «mal-comprenant» (pour être poli…) tout le monde est saisi par la beauté évidente du toreo ainsi pratiqué. Et après la loyale, superbe et décisive estocade, j’ai eu du mal à comprendre la (relative) réticence du président à accorder la queue alors qu’il venait de concéder deux oreilles pour une faena soporifique réalisée face au « carreton » initial.
Le cinquième novillo présentait beaucoup de complications dans sa charge. Après un début heurté, DEL ALAMO, à force d’entrega et de technique, parvint à lier plusieurs séries intéressantes. Un final un peu long limita la récompense à un salut respectueux.
On plaignait Mathieu GUILLON de passer après le triomphe de DEL ALAMO. Devant un novillo gaillard armé assez pauvrement, il donne de jolies véroniques mains basses et des chicuelinas très brouillonnes. Bonne mise en suerte pour un tercio où le novillo fera illusion sans être vraiment brave. Très allègre au tercio des banderilles où GUILLON pose trois paires autoritaires. Dans la muleta, la charge est forte et violente et le torero a du mal à la canaliser. La faena comportera quelques derechazos réussis mais ira a menos, Mathieu étant débordé par le nerf du novillo. Il se jette pour une bonne estocade entière et contraire qui suffit. Pour sa volonté souriante, ses banderilles et quelques jolis gestes, il récupère une oreille.
Le sixième présente beaucoup de points communs avec le troisième : costaud et violent. Il remate fort et s’éclate vilainement l’extrémité de la corne gauche. Charge brutale sur le cheval qui fait basculer « Fritero », peu souple m’a-t-il semblé, vers le coté. Le piquero reste accroché par l’étrier puis se fait cueillir de manière très impressionnante puis expédier et charger, coincé contre la barrière. Lorsque le novillo est enfin écarté, on ramasse le malheureux à moitié déshabillé et visiblement choqué. Le collègue piquero se chargera, comme souvent dans ces circonstances, de ramener à la raison, l’auteur des faits.
Ce novillo va s’avérer le plus intéressant à la muleta. Sans posséder un aussi grand potentiel de passes, il fait montre en revanche d’une charge longue, avec de la classe et de la transmission. Cela permettra une série de naturelles de trois-quarts face superbe de relâchement de la part de GUILLON. Il y aura d’autres agréables passages mais aussi des moments heurtés et des accrochages fréquents de muleta par la corne en plumeau. En tuant de manière juste passable, l’oreille serait tombée et lui aurait autorisé une sortie triomphale avec ses compañeros . Hélas pour lui, avec trois pinchazos sans perdre l’épée, un tiers insuffisant et six descabellos, il ne put que saluer sous une ovation compréhensive.
Deux heures et demie de spectacle soutenu et beaucoup de mains à serrer pour Joselito en répondant à toutes les félicitations.