Des éditos et des compte-rendus libres et indépendants sur les spectacles taurins du sud-ouest.
Tout était pourtant comme d'habitude, on retrouvait avec plaisir le charme particulier de la "placita" en bois, de plus la température était agréable, les places élargies (si, si !) et la philharmonique des pins (45 musiciens !) entonnait ses morceaux de bravoure. Une année encore, les gradins étaient très copieusement garnis pour espérer de nouvelles émotions grace aux novillos de Yonnet.
NOVILLOS
Et là, le public fut déçu. De présentation inégale, trois plutôt légers, bien armés et les trois derniers plus lourds mais d'armures commodes aux extrémités souvent abimées. Au moral, fortunes diverses : le premier prend deux piques en donnant des coups de tête et sans se livrer. De la mobilité avec une noblesse suave à droite, et une charge un peu plus piquante à gauche. Le deuxième présente des signes de faiblesse des pattes avant dès sa sortie, d'où un picotazo. Il sera protesté par le public mais avec caste, surmontera cette faiblesse dans la muleta, passant des deux cotés mais avec une charge d'une grande fadeur. Le troisième constitue l'os de l'après-midi. Jette les pattes dans la cape puis refuse de passer après deux véroniques. Prend deux piques sans trop se livrer et sortant seul, à la troisième, contourne le cheval pour lui crocheter les pattes arrières. Il court en tout sens dans le ruedo puis charge à mi-hauteur à droite, regardant le torero. A gauche deux naturelles suffiront pour comprendre qu'il ne veut rien savoir. Un manso décasté. Le quatrième sort avec une charge forte, prend une pique dont il sort facilement, une seconde dont il sort seul. Le novillo débute bien mais baissera de ton ensuite , réservant ses charges et finissant arrêté. Fade et sans fond. Le cinquième possède aussi une charge vive à sa sortie, deux piques prises : la première en poussant parallèle au cheval, la deuxième avec plus de style. Beaucoup d'allant aux banderilles, chargeant de très loin. Il permettra une longue faena, finissant d'ailleurs fort avec une charge encastée.Trés applaudi à l'arrastre. Le sixième n'a qu'un voyage court à la cape et y jette les pattes. Deux piques poussées avec engagement. Beaucoup de mobilité aux tiers de banderilles poursuivant jusqu'aux planches. Part de loin aux cites mais toréé un peu à l'envers, prendra des défauts à droite se retournant vite et restera long à gauche avec de la caste dans ses charges.
En résumé, quatre toros au moins présentaient les conditions du succès par leurs qualités de noblesse. Seuls deux possédaient en plus la "chispa" qui rehausse le travail des toreros. Ils manquait aussi un "grand" novillo du niveau de l'an dernier.
TOREROS
Sergio SERRANO était très songeur dans le callejon après la mort de son deuxième novillo. Il avait multiplié les passes et allongé plus que de raison la faena et une partie du public lui était devenue hostile. Peut-être se demandait-il où va sa carrière. Et la question peut se poser : plutôt superficiel et criant par trop pour citer, tuant mal et présentant des attitudes sans grand respect pour l'animal, cette soirée ne rend pas très optimiste pour son avenir.
Medhi SAVALLI montre le coté clinquant de son toreo face au second novillo. Facile et sans profondeur, sa faena n'accroche pas du fait aussi de la fadeur de l'adversaire. Désastre à l'épée : un bajonazo vertical (applaudi !) suivi de ...douze descabellos. Avis.
Après des discussions un peu vives entre lui, Leal et Lartigue, Medhi revient très décidé : farol à genoux serré et bonnes véroniques templées, quite par chicuelinas serrées , bon début de faena par passes doublées par le bas, cela part fort mais devient brouillon et décousu ensuite. Le ton remontera et on retiendra un enchaînement de deux redondos inversés sur la corne gauche, un redondo et un pecho, le tout sans changer de sitio. Le tiers d'épée va suffire mais l'agonie trop longue indispose la majorité du public, assez sévère en l'occurence. Le travail d'ensemble à ce novillo, bien banderillé de surcroît, valait mieux qu'un modeste salut.
J.C VENEGAS a paru inexpérimenté mais fait partie des toreros chez qui on devine des qualités dont certaines naturelles longues et bien dessinées témoignèrent face au sixième novillo. Animal qu'il n'exploita pas à sa valeur et qu'il sembla étouffer par des cites trop près alors qu'il chargeait de loin avec envie. Fin laborieuse : un pinchazo entre deux demi-épées.
Il se retrouva en danger face au manso compliqué sorti en deuxième. Il fit preuve quand même d'une certaine technique et de tenacité.
Le public se partagea entre une fraction naïve et une autre se voulant inspirée du "Tendido 7" interpellant les toreros pour les critiquer. On voudrait dire aux uns qu'il conviendrait de se documenter un peu pour ne pas prendre des vessies pour des lanternes et aux autres qu'il est pénible à la longue d'entendre les docteurs es-tauromachie professer bruyamment dans les tendidos. On sortit donc des arènes avec des sentiments mélangés, une certaine frustration entre ce que l'on avait vu, c'est à dire une novillada présentant un certain intérêt et ce que l'on rêvait de voir, à savoir un spectacle de l'intensité de celui de l'an dernier.