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Des éditos et des compte-rendus libres et indépendants sur les spectacles taurins du sud-ouest.

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"Asi va la vida..."

 

Samedi 2 juin. Madrid. Arènes de Las Ventas

  

 

6 toros de VICTORINO MARTIN

 

pour :

 

Luis Francisco ESPLA (Silence et Sifflets)

 

Manuel Jesus « EL CID » (Salut au tiers et Salut au tiers)

 

Luis BOLIVAR (Sifflets et Sifflets )

 

______________

 

 

Las Ventas était garnie jusqu’au toit, les revendeurs comptaient les billets (prix multipliés par six…) le soleil nous réchauffait, le cartel promettait, les toros attendaient, l’espoir était à son comble.

Las, une fois de plus, deux heures et quart plus tard, nous ramassions avec fatalisme les débris de nos illusions. « Asi va la vida… »

 

 

 

                                               

 

 

La faute en incombe pour une grande part au lot de VICTORINO, bien présenté, robes plus noires que grises, tous veletos à des degrés divers, sans excès de poids pour Madrid (547,528,518,561,550,522,562,545), bref de très jolis toros qui ne suscitèrent aucune critique, même au « 7 », à leur apparition.

 

 

A l’arrastre, le registre fut très différent. Seul le deuxième fut applaudi, les avis étaient partagés pour le troisième, les quatre autres furent sifflés unanimement. Il faut dire qu’il y avait matière à mécontentement, notamment au premiers tiers : 13 piques pour le lot mais aucune prestation pour permettre au père Victorino de montrer sa remarquable dentition.

 

 

A la cape, seul le premier démontra une charge de qualité. Aux palos, mauvaise volonté générale. A la muleta, le deuxième sauva l’honneur de la devise par sa charge encastèe. Les autres firent dans le malcommode, le défensif, voire le très défensif, le dernier chargeait comme un benêt.

 

 

La bronca entendue à l’issue de la corrida devrait inciter le ganadero à penser qu’il ne pourra plus vivre longtemps sur la réputation des succès passés.

 

 

 

 

On démarre fort avec quatre excellentes véroniques et une jolie demie d’ESPLA venu rapidement face au premier toro qui s’engage fort dans la cape. Deux piques médiocres et le toro se retrouve au bord de la ligne intérieure regardant le cheval et le picador s’agiter, aller et venir jusqu’à le citer au bord de la ligne concentrique extérieure. Tout cela sans bouger pendant une éternité. Le président, lassé comme tout le monde, fait sonner le changement de tiers sans que la troisième rencontre ait lieu ! ESPLA banderille avec sobriété et classicisme un toro toujours assez indifférent à l’agitation ambiante. Le torero part du burladero et, d’un pas de promeneur, salue le président, effectue trois-quarts de circonférence de l’arène pour rejoindre le toro. Il fait encore jour quand il arrive pour entamer sa faena. Deux séries à droite plutôt sereines malgré la charge agressive, puis on passe à gauche où les protestations agitées du victorino, ajoutées à la gêne du vent, conduisent ESPLA, après un désarmé sur une dernière série à droite, à clore les débats Quatre-cinquième d’épée en arrière et tombée permettent au torero de rejoindre le burladero dans un silence d’expectative.

 

 

Le deuxième jette les pattes et serre le CID à la cape, d’où rien de notable. Deux rencontres à la pique où l’on constate que le toro ne veut guère de mal au cheval et n’attend que le début de l’amorce d’un cite de péon pour vite en partir. Les banderilleros furent plus à la peine qu’à la gloire (merci pour un quite salvateur d’un ESPLA attentif ). Le CID part au centre pour un brindis fort applaudi par une arène qui va le soutenir de bout en bout. Un cite du centre pour une première série de réglage à droite. A la série suivante, le toro s’enroule autour du torero la main plus basse, la qualité monte et un avertissement lors de la deuxième passe inquiète.. Viennent quatre longs derechazos plus le pecho, à présent ponctués par des « olés » profonds du public. A gauche, le toro ne se fixe pas, hésitant entre torero et muleta. Le CID ne cède pas et gagne deux bonnes naturelles et le pecho. Puis quatre longues et profondes naturelles en méprisant les tergiversations du toro, suivies de quatre excellentes passes à droite. L’ouvrage est parachevé par deux fines trincheras. Pendant que le torero part chercher l’épée, le « rum-rum », ce bruissement excité et inquiet du public, cherche à conjurer ce qui s’est produit déjà souvent ici avec ce torero, et qui va se produire une nouvelle fois. Trois pinchazos, un avis, une entière tombée. Le désappointement de Las Ventas semble même supérieur à celui du matador lui-même. Forte ovation obligeant le CID réticent à sortir du callejon pour un salut vibrant.

 

 

La déception n’est pas tout à fait tombée quand sort le troisième animal. Le toréo de cape de BOLIVAR, pourtant plutôt élégant, en pâtit. Même tendance à sortir très aisément du cheval pour le mansote qui ensuite se livre peu aux palos. La faena débute de manière intéressante par une série à droite citée de loin. La deuxième série tempère l’enthousiasme. Embrouillé et profilé, le torero commence à écouter l’humeur des premiers intransigeants. BOLIVAR passe à gauche : deux naturelles bonnes pour quatre approximatives. Le compte est loin d’y être pour ceux du « 7 » qui le font savoir. Le Colombien reprend à droite mais l’accord avec le toro n’est pas sans nuages et la faena tourne court. Peut-être conscient qu’une conclusion rapide ne changera rien, BOLIVAR finit laborieusement : trois pinchazos, une demie-épée basse, un pinchazo et une entière. Sifflets logiques. On garde l’impression d’un toro resté sous-exploité par le manque de technique du torero.

 

Quand sort le quatrième victorino, on songe que le temps est compté pour obtenir le quota d’émotion espéré. Surtout que ce toro fait dans le genre manso : fuyant la cape et préférant l’abri des barrières. Une charge violente et une tendance à couper le terrain à gauche mettent ESPLA sur la défensive. Mis en suerte avec difficulté, il donne des coups de tête pour la forme contre le cheval avant de se tenir à deux mètres de la pique. Comme on peut s’en douter, il reste peu enclin à charger aux banderilles d’ESPLA. On aura vite fait le bilan de la faena : une série à droite où le toro se défend par des coups de tête. Deux naturelles si tranquilles que ESPLA passe directement au toréo de châtiment. Une série à droite et un désarmé. Le torero qui en a vu beaucoup d’autres, juge qu’il est temps de passer à autre chose, quoique nous en pensions. Trois-quarts d’épée de vieux roublard, un descabello et des sifflets qui glissent sur le torero. Pouvait-il plus ? Peut-être. Le toro méritait-il plus ? Pas sûr.

 

 

Dernière chance de cette San Isidro pour le CID. Sans être brillant, le toréo de cape permet d’espérer. Le toro fait (légèrement) illusion aux piques, plus bagarreur que brave. Quite plus volontaire qu’harmonieux de BOLIVAR. Après un tercio de banderilles très terne, le CID repart pour le même brindis qu’au deuxième mais l’opposant n’est pas de la même qualité. A gauche, le toro ne se fixe pas, envoie des coups de tête, ne propose qu’une charge bien courte.

A droite, le toro marche et proteste de la tête en cours de passe. Le CID ne cède pas au découragement et, poussé par le public, tirera quatre ou cinq passes inespérées. Très mince résultat mais méritoire. Et bien sûr, pour donner bien des regrets, une estocade entière, inutile. Même conclusion: grande ovation pour arracher le torero, déçu, du callejon .

 

 

Déjà, dans les andanadas, certains quittent leur place alors que sort le dernier victorino L’exode s’accroît en voyant le toro jeter les pattes dans la cape de BOLIVAR. Deux cents départs supplémentaires au vu du comportement du mansote qui se colle parallèlement au cheval au lieu de pousser. Les rangs s’éclairissent encore plus au vu de la mollesse du tercio de banderilles. Une première série droitière sur le voyage, une deuxième aussi enthousiasmante qui incite encore de nombreux madrilènes à éviter les embouteillages. Le toro ne transmet guère et le torero est au diapason. A gauche, deux ou trois passes dignes d’intérêt mais aussi des accrochages de muleta. Deuxième série plus rythmée. La reprise à droite sonne le glas des illusions du torero qui ne trouve pas la distance, se fait accrocher le leurre, est obligé de se replacer entre les passes. Un pinchazo et une épée delantera dans l'indifférence générale. Déjà un tiers de la plaza est dehors et les deux tiers restant font comprendre à BOLIVAR que le fait d’être apodéré par le ganadero n’est peut-être pas étranger à sa présence un peu incongrue dans ce cartel…

 

 

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