Des éditos et des compte-rendus libres et indépendants sur les spectacles taurins du sud-ouest.
Il convient de posséder une force de caractère certaine pour être ganadero ! Recevoir un prix et des félicitations de toute part et, deux heures plus tard, raser les murs après la prestation désastreuse d’un lot de son élevage, il y a de quoi songer au malheureux personnage mythologique qui poussait une énorme pierre en haut d’une montagne et qui, arrivé au sommet, la voyait redescendre, ce qui l’obligeait à reprendre indéfiniment sa tâche…
La déception était partagée par le public devant cinq novillos du SCAMANDRE et un SEPULVEDA (venu pour pallier un blessé mais qui se mit au triste diapason) à la présentation correcte (sauf le léger premier), certains plus armés (1, 2, 4 et 6) que les autres. Des sorties assez vives mais en rasant les planches et paraissant enclins à sauter pour certains, ils ne permettent pas grand-chose à la cape en général. Face au cheval, rien de notable, pas de style, les quelques velléités de bravoure étant souvent contrariées par de la faiblesse de pattes. A la muleta, seuls les deuxième et sixième permettaient, par leur mobilité, une faena. Les autres, réservés, distraits manquaient cruellement de caste. Le cinquième était un benêt impotent.
J’avais le souvenir d’un RONQUILLO, jeune torero prêt à mourir en piste. Un doute m’avait saisi à le voir encore novillero. Sa prestation d’hier m’a hélas fourni la réponse tant le garçon a paru terne, peu volontaire et calamiteux à l’épée. Presque rien à la cape du fait du peu de combativité du premier novillo mansote et faiblard ; et seulement quelques naturelles estimables, l’impression favorable se dissipant largement avec un final laborieux (pinchazo, quart-d’épée, entière trasera et descabello). Mes dernières illusions s’évanouirent au quatrième, un distrait et fuyard à la cape, qui poussa une unique pique avant de se montrer violent et un tantinet sournois en début de faena puis se transforma en bloc de marbre. Il n’y avait pas de quoi être brillant mais un peu plus de sérieux aurait été de mise, surtout pour conclure : pinchazo, mete y saca, un tiers d’épée, pinchazo, mete y saca, une entière, un descabello ; un seul avis (?!) et un coup de canif dans ma mémoire…
Il y a beaucoup de choses qui font défaut à PEREZ MOTA et notamment la modestie tant il s’affiche, content de lui après deux prestations de peu de poids. Son premier adversaire (le seul applaudi à l’arrastre) charge et répète à la cape, prend deux piques, fait briller les banderilleros (un salut) et, s’il se montre un peu brusque à la muleta, s’avère mobile et plutôt noble . Le torero accompagnera la charge sans prendre grand risque. Fin très médiocre : quart d’épée prudent, tiers d’épée en avant, entière contraire en avant.
On voit dès sa sortie que le cinquième tourne le sabot droit, d’où un picotazo symbolique. Pas de moteur donc et une faena « de salon » avec des passes de cinquante centimètres, le toro passant au pas. Il eut été de bon goût d’abréger mais ni le bon goût ni le sens de la mesure ne sont l’apanage de PEREZ MOTA. En revanche, il reste dans la même note pour conclure : un pinchazo, un quart d’épée, une demi-épée) Un toreo factice, d’attitudes. Des novilleros de cet acabit, j’en ai vu des montons…
A nouveau le SANTO que je commence à connaître pour l’avoir beaucoup vu. Je l’avais trouvé très bien à Vic, l’impression est beaucoup moins favorable ici. Bon, son premier adversaire, bien peu encasté ne s’engage qu’avec réticence dans la cape, cornéant des deux cotés. Très réservé, il met en demi-échec le torero aux banderilles. Faenita très oubliable, conclusion en rapport : pinchazo, entière contraire en arrière, descabello.
Le sixième jette les pattes dans la cape, les chicuelinas marchées (et accrochées) éveillent un peu le public. Après la seule pique vraiment poussée, on espère une faena après le brindis du SANTO à Olivier RIBOULET. Perdu. Le buste exagérément cassé dans la passe, profilé, sans idée de lidia directrice, face à un novillo distrait allant a menos, le torero se perd et sombre totalement à l’épée : entière verticale et tombée et sept descabellos. Un des occupants du callejon manquant d’être occis plus vite que le novillo du fait de la violente projection de l’épée échappée du poignet du SANTO.
A vrai dire, le seul réel moment d’émotion de la soirée…