Des éditos et des compte-rendus libres et indépendants sur les spectacles taurins du sud-ouest.
Dimanche 29 juillet 2007 . Arènes du Pesqué à Orthez. Corrida.
Il y a de quoi enrager pour certains. Cinq jours de corridas pour de rares et maigres satisfactions et voilà que trois jours après, les voisins béarnais (et les visiteurs avertis) se régalent d’une passionnante et animée corrida. Ajoutons que, pour un plateau qui ne devait pas être beaucoup moins cher que celui de dimanche dernier au Plumaçon (si quelqu’un connaît les chiffres, je suis preneur), la place de tendido où j’étais installé, malgré la petite capacité de la placita, valait 40 % de moins qu’au Moun…
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Beau temps chaud et nuageux, environ 9/10ème d’arène. Vu du rang 2 du tendido ombre, 41€. On ne change pas les habitudes ici : dix minutes de retard dues à l’incurie des guichets incapables de gérer l’affluence. Au vu la suite, on leur pardonnera.
Le premier JALABERT, noir brillant, bien fait, présente une corne au bout un peu éclaté. SANCHEZ VARA le passe de cape avec un petit pas de retrait à gauche. Une pique bien poussée avec une pointe de codicia. Un soupçon de faiblesse lors du quite fait changer le tercio. Le toro ne répond que très tardivement aux cites de SANCHEZ VARA et de Medhi SAVALLI qui alternent aux banderilles, l’invité étant plus brillant que l’invitant. Alors que le matador se dirige, montera en main, vers la Présidence, il entend dans son dos un sinistre craquement et une clameur. En se retournant, il constate les dégâts : un peon, par un cite malheureux, à fait taper très fort le toro et la corne droite s’est cassée. Grande déception du public, sainte colère de Lartigue qui étranglerait le peon de ses mains s’il le pouvait. SANCHEZ VARA, fort dépité mais calme, aligne puis expédie proprement le pauvre animal.
La corne droite du deuxième toro est abîmée aussi mais on n’y prête pas garde tant le trapio et la charge retiennent l’attention. Bien à la cape, mieux que BOLIVAR, le toro est mis en suerte et, dès qu’il aperçoit le picador, il fonce comme une balle, le charge tête basse contre le peto, poussant l’ensemble contre la barrière et l’y pressant avec fixité, arc-bouté avec les reins, comme pour le faire traverser les tablas. Un grand moment. Sorti de ce (gros) effort, il reste clair et long de charge dans le quite. Curieusement, comme le précédent, il est rétif à démarrer aux cites des banderilleros. BOLIVAR brinde au public et le début de faena sera superbe, surtout grâce au JALABERT qui commence à répondre à un cite de vingt mètres puis à enrouler des séries à droite avec une charge de grande classe. Il est plus tardo à gauche mais offre quand même des passes au colombien. Trois manoletinas et une demi-épée bien portée. Petite pétition, mais bruyante, donc oreille. Cependant, on éprouve un sentiment d’inachevé, de déception devant l’écart entre ce que proposait le toro et ce que nous a offert le torero.
Place à Medhi SAVALLI qui, quand il sort du burladero, à coups de sourires et d’œillades vers les gradins a déjà une demi-oreille en poche. Ce n’est pas de trop car la caste du toro, astifino, qui sort comme une fusée, ne va pas lui céder l’autre moitié sans se battre. Une pique très agitée de la tête et le piquero s’y casse la pique en deux ! Le châtiment a été bref mais le toro ayant subi un recorte violent lors de la mise en suerte, et les galopades des banderilles en vue, on change de tiers. Pourtant, comme, et même davantage que les autres, ce toro accuse une forte réticence à charger, d’où deux paires exposées, une pour chacun des deux matadors. Le toro conserve ce caractère défensif, se montre court de charge à droite, envoyant des hachazos en fin de passes. A gauche, on sent que c’est encore plus compliqué et Medhi opte pour ne rien faire de ce coté. Deux-tiers d’épée en place. Pour les supporters de SAVALLI, on devrait applaudir gentiment, ce qui serait largement suffisant. Mais ce n’est pas le cas et les vociférations et harangues de quelques édiles indignes hurlant juste au-dessus la tête du président me font penser qu’on peut (qui l’aurait cru ? ) rencontrer des situations de ce type, pires qu’à Mont-de-Marsan. La raison et la morale sont sauves et l’arlésien se contente d’une vuelta payant déjà bien sa prestation.
Le quatrième toro est plus lourd et armé mais toujours harmonieux de trapio, tout le contraire des défilés d’acochinados qu’on subit trop souvent. La charge désordonnée ne permet pas à SANCHEZ VARA de poser son toreo de cape. Deux piques sans trop de style, chargeant plutôt par à coups et par hachazos, puis une tendance à marcher dans le quite. SANCHEZ VARA ne fait pas partie des très bons banderilleros. Cependant, constatant que le toro marche comme une fusée à la deuxième paire, il tente un quiebro près des planches. A une quinzaine de mètres, le toro s’élance et la feinte manquant d’ampleur, le coup passe près, très près…
Début volontaire et engagé des tablas jusqu’au centre. A droite, le toro se montrera excellent, partant de loin, et faisant «l’avion» dans la muleta. La faena ne m’a pas paru à la hauteur de ce toro, tout de même compliqué à gauche où l’on dut se contenter d’une tentative de trois ou quatre naturelles aussi aidées que prudentes. Quatre de ces manoletinas si systématiques qu’elles en deviennent horripilantes. Une entière bien basse et un descabello. Deux oreilles qui me laissèrent coi.
Un toro aussi beau, plus veleto, jaillit du toril. Sa charge franche est bien canalisée par BOLIVAR. Il sort rapidement et facilement de la première pique, prend la deuxième sans grand enthousiasme. En revanche, paradoxe, il se montre excellent aux palos, permettant deux paires émotionnantes. On est plein d’expectative pour la troisième…qui ne viendra jamais, le président sortant le mouchoir pour une raison que j’attends encore. Faena propre sur elle, élégante sans trop, toreo n’atteignant de la profondeur que rarement, presque par distraction, voilà ce que nous proposa BOLIVAR. Mais comme il s’engagea pour une entière du placement de la précédente, l’oreille tomba. Logique, forcément logique.
Retour de l’idole pour une larga, à genoux du centre, à la sortie du toril, suivie de chiffonnade comme souvent. La première pique est de qualité, poussée avec les reins. Un ton en dessous pour la seconde. Tercio de banderilles interminable pour Medhi qui patauge tant (trois sorties à faux !) qu’il finit par l’échappatoire de deux violins. La faena sera volontaire, gauche et pour finir assez racoleuse, avec ce toreo encimiste qui lui sert de viatique. Demi-épée contraire et un descabello. Qui aurait pu refuser une oreille au souriant Medhi ? Personne voyons ! Et ainsi, l’on ne donna donc guère l’occasion aux fâcheux de s’énerver .
Mais ce ne sont là que péripéties . L’essentiel , six concentrés de véritables taureaux de combat, ni diables quasi-illidiables pour fanatiques de l'anti-passe, ni collaborateurs lobotomisés pour gentry torerista , bref un habile équilibre qui, ce soir , suffisait à notre bonheur.