Des éditos et des compte-rendus libres et indépendants sur les spectacles taurins du sud-ouest.
Novillada d’Aire-sur-Adour. Compte-rendu.
Premier point très positif, avec une modeste entrée générale à 20€ , me voilà en barrera ce qui ne m’était pas arrivé depuis fort longtemps. Au Palco, pour ces deux heures et quart de spectacle, avec la barbe aussi noire que le costume, François GELEZ.
Le premier novillo me fait songer que je n’aurais pas dû céder à la tentation. Léger, fuyant, il faut une quinzaine de capotazos à la cuadrilla pour que finalement le SEPULVEDA file sur le picador de réserve ! Un contact violent sans châtiment puis une rencontre d’une légèreté aérienne avec le picador « de turno »et l’on bâche. Ce qui n’empêche pas l’animal de flageoler en sortant.
Bien sûr, LAMELAS offre à CUEVAS de planter une paire de banderilles et les deux rivalisent de médiocrité avant un bon quiebro posé au centre par LAMELAS. La faena sera très mobile à droite (je parle là des pieds du novillero) car le manso n’est pas clair du tout. A gauche, on se limitera à deux tentatives de naturelles.
La conclusion est en rapport avec ce qui précède : un pinchazo en abandonnant muleta et épée, un tiers de bajonazo, une entière en avant et tombée.
Roman PEREZ accueille un novillo plus sérieux et plutôt joliment fait, qui met bien la tête dans la cape mais paraît peu sûr des pattes avant. Le maniement du capote est plus agité qu’élégant. La mise en suerte, toujours aussi précise, envoie le novillo sur le picador de réserve. On le ramène vers le titulaire mais le SEPULVEDA fait honte à son fer. Il ne s’engage pas sous le fer, donne des coups de tête et sort tout seul. Quite plutôt bien fait et l’on passe aux banderilles, tercio réalisé proprement. Malgré des forces limitées, le novillo se montre disponible. S’ensuivra une faenita appliquée de PEREZ mais la charge, à mi-hauteur, de son adversaire est tellement fade et sans moteur que l’intérêt baisse de manière inéluctable, malgré deux ou trois naturelles bien dessinées. On termine dans le ton avec un pinchazo prudent précédant une entière habile. Un avis sonne avant deux descabellos. La vuelta m’a semblée motu proprio et fut tiède.
Le troisième, bien joli à voir, sort avec vivacité. Il serre à droite et à gauche, d’où un pasito atras discret mais réel de CUEVAS des deux cotés des véroniques. Seule l’élégante demie échappa à cette mobilité. Première pique contre…( vous avez gagné !) le picador de réserve puis deux rencontres contre le titulaire, collé parallèle au cheval en cherchant à pousser l’arrière du cheval et faisant tourner l’ensemble.
LAMELAS fait un quite par gaoneras plutôt exposé. CUEVAS reprend la main et le SEPULVEDA s’envoie une vuelta de campana.
Renvoi d’ascenseur aux banderilles pour un épisode un peu moins médiocre que le précédent.
CUEVAS brinde au public. Premier cite au centre et le novillo emporte la muleta…Le reste ? Un novillo qui ne répète pas ses charges mais par contre multiplie les coups de tête, raccourcit de plus en plus ses embestidas. En face un novillero sans sitio ni fermeté. Un pinchazo suivi d’un horrible bajonazo qui ne choque guère le public aturin beaucoup plus sévère en revanche avec le puntillero ?!
Alberto LAMELAS renoue avec ses habitudes et va se poser genoux en terre à quinze mètres du toril. Sort un gros lourdaud au poil d’hiver qui part à droite et que le torero appelle pour le faire venir. Pour venir, il vient au point que LAMELAS doit se jeter à droite pour éviter d’être pris de plein fouet. Il n’a pas le temps de se relever que déjà le SEPULVEDA est sur lui et le secoue au sol de manière impressionnante. Le novillo écarté, LAMELAS se relève et on le pense quitte pour la peur. Il a repris son capote mais son pas n’est pas assuré et déjà son bas droit est rougi par le sang. Le public crie, la cuadrilla le saisit et le raisonne. On l’emporte. Porté avec un garrot, on peut déjà voir lorsqu’il passe juste devant nous, le visage défait, le trou fait par la corne dans le haut de son mollet droit.
La confusion passée, Roman PEREZ prend le novillo qui perd de l’allant dans sa cape. Il prend une pique en poussant fort et rechargeant. Aux palos, il ne s’engage pas et envoie des coups de tête. Le début de faena verra PEREZ méfiant car le novillo se retourne de manière menaçante en fin de passe, dans les deux séries suivantes, la charge se raccourcit. Puis, à la quatrième série à droite, le français prend confiance avec un très bon derechazo. Toujours du même coté la série suivante est plus heurtée mais on sent que le torero s’arrime. Il prend la gauche et, surprise, de ce coté là, la charge est d’une douceur confinant au lymphatisme, ce qui permettra deux longues naturelles presque au ralenti. Pour couper, une bonne conclusion était cependant indispensable. PEREZ le sait et enfonce une estocade entière avec décision. Pétition importante et oreille.
Pour permettre au français de souffler, Ismaël CUEVAS va toréer le suivant, un exemplaire fin de type et d’armures qui ne s’engage guère dans la cape. Pour ne pas changer les habitudes, une rencontre avec le réserve puis une pique prise laidement, faisant le manège avec le cheval en le poussant collé parallèle à lui. Il réitère lors de la rencontre suivante. CUEVAS sombre aux banderilles terminant en tentant vainement un quiebro avec des courtes quand il a beaucoup de peine avec des palos normaux.
Le novillo, se promène tête haute, peu concerné dans la muleta incertaine de CUEVAS. On s’ennuie ferme lorsque le SEPULVEDA prend les choses en main, ou plutôt crochète la jambe du novillero. Voltereta qui le voit retomber au sol et se retrouver enserré entre le berceau des cornes rivé au sol ! L’arrivée du quite semble très longue mais le mozo s’en tire seulement étourdi. La faena avait été inexistante avant, elle ne reprendra pas évidemment. Un pinchazo perdant épée et muleta et une entière contraire et chanceuse permettront d’en finir.
Séquelles du coup à la tête ? Toujours est-il que CUEVAS imagine opportun, après un salut applaudi de façon bien indulgente, d’entamer une vuelta ! Là, le bienveillant public aturin trouve quand même que c’est un peu trop et le renvoie d’où il vient.
Roman PEREZ va conclure face à un novillo bien dessiné qui est très vif, tape beaucoup sur les burladeros et rentre avec force dans la cape bien plus électrique que soyeuse du français. Sur le picador de réserve (évidemment !) le novillo va prendre une grosse pique, poussant avec les reins et avec fixité. Le piquero le tient très bien mais hélas la pique est vraiment très en arrière. Changement. Avant cela, on avait beaucoup ri en voyant un des burladeros qui prenait du gîte sous les remates, finir par tomber ! Des areneros seront requis pour le relever et le maintenir jusqu’à la fin. Tercio de banderilles compliqué car le novillo ne se fixe pas et accroche un banderillero à l’entrée d’un refuge.
La faena de PEREZ laissera une impression d’inachevé. Car, tout en faisant un véritable effort pour toréer dans sa querencia des planches ce novillo aux charges brusques et aux retours inquiétants, le novillero ne paraît pas avoir vraiment utilisé tout le potentiel de l’animal. Mais ce n’est que mon impression. La faena s’allonge inutilement, perdant toute intensité et lassant.
Une entière tombée habile.
2.15 H de spectacle. Vu de la Barrera pour 20 €, cela me parut un bon rapport qualité-prix.