Des éditos et des compte-rendus libres et indépendants sur les spectacles taurins du sud-ouest.
Pour :
Pepin LIRIA (Oreille et Oreille)
Antonio FERRERA (Oreille et Applaudissements)
Luis BOLIVAR (Oreille et Silence)
(Pepin Liria et le mayoral sont portés en triomphe à l’issue de la corrida)
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Des toros sous-exploités…
Paradoxalement, cette dernière corrida triomphale (4 oreilles) masque une déception. Trois, voire quatre des six victorinos lidiés hier auraient pu et dû permettre un triomphe majeur tant leur noblesse et leur classe à la muleta méritait d’être mieux exploitées. Hélas, un vieux bretteur pourtant très méritant ne disposait plus de ce qui fit sa force et un zébulon comédien n’avait rien à faire dans cette fête. Le torero le plus adapté à ces embestidas ne toucha aucune de ces quatre merveilles, d’où un léger sentiment de frustration pour l’aficionado à l’issue de la corrida.
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Temps couvert et un peu lourd. Faux plein mais bonne entrée quand même. Vu du premier rang de tendido ombre (72 €).
Tout commence par des hommages : le premier pour l’aguazil Robert SOLDEVILLE, un autre « incombustible » qui fit ce jour son dernier paseo. Ensuite pour les adieux à l’aficion montoise du vieux guerrier Pepin LIRIA. Remise de cadeaux et hommage sincère à ce torero qui connut ici des succès importants.
Le ganadero avait aussi fait les choses bien pour LIRIA qui a touché deux toros pour triompher. Son premier tape beaucoup les planches et serre le torero dans la cape. Il prend la première pique en rencontrant par hasard le piquero alors qu’il longeait les barrières. Dans cette pique, comme dans la seconde, il ne se livre pas vraiment et donne des coups de tête. Il ne permet pas aux banderilleros de briller. Dans la muleta, le bon coté est le gauche où le mufle du toro caresse le sable lors de charges douces et longues. A droite, la charge est plus courte et parfois peu claire. Il manquait un zeste de forces à ce toro et aussi une muleta plus adaptée, celle de LIRIA manquait de finesse pour s’accorder. Une entière très en avant et une agonie un peu longuette n’empêche pas une pétition notable à défaut d’être majoritaire et la première oreille tombe pour une prestation en dessous de la qualité du toro qui est applaudi à l’arrastre.
La rudesse du toreo de LIRIA apparut de manière encore plus criante face au quatrième qui fait forte impression dès sa sortie par une charge qui transmet beaucoup à la cape. Ce toro pousse fort dans la première pique, mais se montre moins virulent dans la seconde. Par son allant lors du tiers suivant, il fait briller les banderilleros qui sont appelés à saluer. Ensuite, ce sera le rêve du torero : charge inlassable, longue avec le mufle collé au sol, de même classe des deux cotés. J’ai cru à un recibir quand le matador l’amène au centre pour l’estocade mais il ne fait pas ce choix qui me paraissait s’imposer vu la spontanéité de réponse aux cites. Un mete y saca et une entière pour une petite oreille alors que ce toro en offrait deux énormes…
Que peut-on retenir de la prestation de FERRERA ? Coté sérieux : la troisième paire de banderilles, très exposée entre son premier toro et la barrière et le quiebro réalisé devant le cinquième. Coté comique : les regards incrédules de sa cuadrilla, lorsqu’il le virent, théâtralement se poser un garrot sur la cuisse alors qu’on ne vit perler aucune goutte de sang suite à une bousculade que lui infligea le toro. Mais le public, cet ingrat ne sut pas reconnaître les mérites de l’acteur qui tantôt boitait, tantôt non et quand le cinquième toro tomba après un tiers d’épée et trois descabellos, la salle ne l’invita même pas à saluer. Il faut dire que l’interprétation du toreo laissa plus qu’à désirer : agitation permanente, position profilée, pecho à bout de bras, piétinements pour se replacer et hululements permanents, tout cela finissait par lasser jusqu’au plus bienveillant. Le premier toro passa et repassa dans sa muleta électrique avec une grande noblesse et beaucoup d’indulgence. L’épée entière, un peu basse, n’empêcha pas une pétition importante et le président donna l’oreille mais considéra avec raison que c’était déjà bien payé et résista à la partie du public délirante qui demandait la deuxième. Les dépouilles de ces deux toros furent justement applaudies.
Quant au protégé du ganadero, Luis BOLIVAR, on sent qu’il connaît bien la maison et les pupilles. Le troisième vient bien à la cape, avec des retours brusques, mais tombe deux fois avant le picotazo léger puis la deuxième rencontre où le châtiment se limite au poids de la pique. Le torero parviendra à toréer à la hauteur juste et à obliger le victorino à répéter ses charges, ce qu’il ne faisait pas au début. Bonne distance, bonnes manières et muleta douce, le tout manquant d’intensité du fait de la relative faiblesse du toro. L’épée aurait du ôter toute récompense mais avec une entière basse et en avant, on peut couper une oreille au Moun.
Le dernier toro de la Madeleine ne servit que très peu. Une pique s’élançant de loin, poussée et une seconde prise en reculant et rechargeant après contact et sortant facilement. Peu d’entrain aux banderilles. A la faena, charge courte et sans transmission puis le toro s’arrête en milieu de passe. Conclusion plutôt laborieuse pour BOLIVAR, peu chanceux au sorteo.
Puis ce furent les départs émus de Pepin LIRIA, le salut du mayoral que certains sifflèrent (alors que cinq des six toros avaient été fortement applaudis à l’arrastre…La mise en scène grand-guignolesque de la despedida alguazilesque que n’aurait pas désavouée un Jérôme Savary et la fin d’une Madeleine dont on reparlera ici et ailleurs.
En attendant dimanche prochain : Orthez.