Des éditos et des compte-rendus libres et indépendants sur les spectacles taurins du sud-ouest.
Une arène pleine malgré un cartel sans vedette et une retransmission télévisée, on pourrait en déduire que l'aficion "torista" reprend des couleurs. Je n'en crois rien. Le phénoméne "Victorino", grâce à la qualité parfois démontrée de ses toros, mais aussi par le relais des médias et une science consommée du marketing, attire les aficionados et une frange d'un public plus large. Tant mieux pour les empresas, peut-être pour la Fiesta Brava à condition que cet engouement ne masque pas la situation moins reluisante d'une grande partie des élevages de toros
Bilbao. Plaza de Vista Alegre . Samedi 27 août 2005
Arénes quasi-pleines. Temps doux et pluvieux par intermittence
6 toros de VICTORINO MARTIN pour:
EL FUNDI ( Vuelta et Salut au tiers )
Luis Miguel ENCABO ( Salut au tiers et Sifflets)
EL CID ( Oreille et Division d'opinions )
Superbe présentation, digne du standard " toro de Bilbao" du lot envoyé par Victorino. Six toros de robe assorties au ciel et à la piste, soit cardeños, de lourd à très lourd (dans l'ordre de sortie : 586, 558, 541, 586, 612 et 524 kg) avec des armures fines, aigües et le plus souvent veletos.
Au moral , de la variété. Au cheval, certains firent des choses de mansos, d'autres se comportèrent très honorablement . Certaines piques furent légères du fait de signes de faiblesse . Pour le torero , la plupart des toros permettaient des faenas et plusieurs trophées ne seraient pas restés sur la tête des toros s'ils avaient été en d'autres mains.
EL FUNDI . Je ne pourrai vous raconter par le détail sa première faena . En effet , le "sirimiri " , célèbre petite pluie fine de biscaye, se mit à tomber dès le paséo. Le temps de trouver et d'acquérir une protection contre les éléments, le carnet dut rester fermé ... J'ai néanmoins le souvenir d' une faena sérieuse , appliquée et sans éclat, conclue par une épée correcte . Du FUNDI en somme . La pétition d'oreille fut importante mais pas majoritaire à mon avis. A celui du Président non plus qui ne céda pas. Conclusion: Vuelta très fêtée pour le torero, bronca pour le palco.
Au quatrième , cape bagarreuse face à un toro se retournant vite. Deux piques poussées fort . Le FUNDI prend les banderilles pour deux paires à cornes passées et une troisième correcte. Avec la muleta, le torero se montre mobile, lointain et truqueur en citant sur l'oeil contraire à droite. Concédons que le voyage court du toro à gauche et une charge peu claire à droite ne lui rendaient pas la tâche aisée . Cependant , à voir ce FUNDI là, on comprend qu'il n'ait pas atteint une autre dimension.
Luis Miguel ENCABO représente l'exemple type du torero qui ne laisse aucune trace dans les esprits. Sa prestation de ce jour ne modifiera pas ce problème. Bien à la cape face au mobile deuxième qui prend trois piques sérieuses , peut-être un peu trop d'ailleurs car le Victorino baissera beaucoup de ton après ; il ne proposera qu' une faena allant a menos par manque d'engagement et fadeur. Comme la charge du toro manquait de vibration, le tout finit dans une certaine morosité malgré une entière bien placée.
Il hérite du plus lourd exemplaire, un animal long et très haut. Peu de terrain gagné à la cape sur un toro collant à droite. Incident tragi-comique lors de la première pique : le Victorino contourne le cheval et le pousse par l'arriére depuis les tablas jusqu'au centre de la piste. Fortement secoué, le piquero est désarçonné et tombe, debout, à coté de l'encolure du cheval, courant à coté de ce dernier toujours poussé par le toro. Le picador finit par chuter, se fait piétiner par le cheval et, miracle , le toro passe à coté de lui sans le voir ! Grande émotion . Mais le picador est relevé et pourra remonter sur le cheval pour administrer une pique.
Le tercio de pique d'ENCABO ira de l'anodin au médiocre en passant par le quelconque. Avec la muleta, malgré un Victorino sans défaut majeur, le torero se montre sans confiance, très prudent et brouillon, lassant toute l'arène. Il finit dans la même tonalité : un tiers d'épée, un pinchazo en se jetant dehors, deux-tiers d'épée et un descabello.
Des applaudissements mérités pour le toro, quelques sifflets indulgents pour le torero.
Le CID est en difficulté à la cape pour recevoir le troisième toro qui jette les pattes et ne met pas la tête. Le toro confirme ces signes de mansedumbre à la premiére pique courte prise sans pousser et en sortant facilement. Idem pour la deuxième rencontre très brêve. Le Victorino fait meilleure impression aux banderilles où son comportement fait briller les péons qui salueront.
Le torero comprend tout de suite la classe du toro sur la corne gauche . Il se place au centre du rond , cite d'une dizaine de mètres et le toro démarre . S'ensuivront trois magnifiques séries de cinq naturelles, longues, très longues, templées, guidées pour dessiner avec le toro comme un point d'interrogation. Des modèles de naturelles. Un vrai bonheur.
La situation se dégrade à droite où le toro fait perdre du terrain au torero . Ce sera sa seule tentative de ce coté car il reprend à gauche . Il y aura d'autres bonnes passes mais le toro devient un peu tardo répète moins facilement et on ne retrouvera pas le (haut !) niveau de qualité des quinze premières naturelles. Une entière un peu tombée . Une oreille méritée.
Le toro, de grande classe à gauche sera très applaudi.
Le sixiéme passe fort dans la cape du CID dans un premier temps puis devient fuyard. Une pique légère sans se livrer, une deuxième poussée par à coups. Lors du tercio de banderilles, les défauts se confirment : refus de répondre aux cites des péons, hachazos menaçants. Le CID prend la muleta avec un enthousiasme qu'on devine ...et expédie le tout après avoir tenté de montrer, sans convaincre, à toute l'arène que ce toro était "infumable", ce que j'ai tendance à penser pour ma part , le Victorino avançant au pas en gardant la tête haute sans répondre aux cites. Une entière contraire tombée et prudente.
Résurrection du CID ..? Hum, attendons pour en être sûr .
Bronco
P.S Sans rapport avec les toros mais important quand même ; pour ceux qui pourraient s'y rendre : le musée Guggenheim de Bilbao présente jusqu'au 15 septembre une exposition d'objets d'art aztèques d'une richesse et d'une beauté extraordinaires ! La visite de telles merveilles vaut le voyage et vous ne le regretterez pas.